La mobilisation citoyenne est déclarée !

Comment développer la citoyenneté des habitants ? Qu’est-ce qui fait que l’on se sent citoyen ? Ces questions sont au cœur des politiques publiques, en réponse à des phénomènes qui fragilisent notre société : baisse du bénévolat et montée de l’individualisme, forte abstention aux élections, fractures sociales, ethniques, méfiance vis-à-vis « du politique », etc. Les collectivités ont compris qu’elles ont un rôle important à jouer sur ces questions. Elles refusent d’en rester au constat et au diagnostic de la fracture sociétale, et multiplient les initiatives pour « faire société ». Leurs actions ont le mérite de montrer que la bonne idée est souvent la plus simple : financer une bonne part du permis de conduire en échange de temps donné à une association ; faire participer tous les habitants à la vie de la cité, y compris les étrangers, citoyens de résidence ; proposer à la population de se retrousser les manches une journée par an pour réaliser un chantier d’intérêt public ; organiser des évènements dans toute la ville pour interroger le rapport de chacun à la citoyenneté ou développer le service civique pour les jeunes. Leur point commun ? Tenter de créer un déclic pour que chacun sorte de sa position d’usager et comprenne qu’il est acteur de la cité.

Comment développer la citoyenneté des habitants ? Qu’est-ce qui fait que l’on se sent citoyen ? Ces questions sont au cœur des politiques publiques, en réponse à des phénomènes qui fragilisent notre société : baisse du bénévolat et montée de l’individualisme, forte abstention aux élections, fractures sociales, ethniques, méfiance vis-à-vis « du politique », etc. Les collectivités ont compris qu’elles ont un rôle important à jouer sur ces questions. Elles refusent d’en rester au constat et au diagnostic de la fracture sociétale, et multiplient les initiatives pour « faire société ». Leurs actions ont le mérite de montrer que la bonne idée est souvent la plus simple : financer une bonne part du permis de conduire en échange de temps donné à une association ; faire participer tous les habitants à la vie de la cité, y compris les étrangers, citoyens de résidence ; proposer à la population de se retrousser les manches une journée par an pour réaliser un chantier d’intérêt public ; organiser des évènements dans toute la ville pour interroger le rapport de chacun à la citoyenneté ou développer le service civique pour les jeunes. Leur point commun ? Tenter de créer un déclic pour que chacun sorte de sa position d’usager et comprenne qu’il est acteur de la cité.

Richwiller (68)
Citoyens, à vos truelles et balais

En 2008, Fabien Jordan, maire de Berrwiller, lance les Journées citoyennes : une journée où toute la population est invitée à se retrousser les manches pour améliorer l’espace public. Vincent Hagenbach, maire de Richwiller, est un voisin et un ami. « Fabien m’a un peu taquiné sur le sujet, alors j’ai décidé de relever le défi. C’était plus compliqué chez nous car nous n’avons pas l’esprit village, comme à Berrwiller. » Grâce à la mobilisation de Jean-Yves Roudaut, responsable des services techniques et des dix agents de la mairie, la greffe a pourtant bel et bien pris. « On l’évoque rarement, mais les Journées citoyennes exigent énormément de préparation. » Richwiller vient de souffler la bougie de la dixième Journée citoyenne, avec 590 participants, dont 50 enfants, sur 3 700 habitants. Dix années de mobilisation qui ont permis d’amorcer la remise en état des 12 bâtiments communaux, le nettoyage de tout le parc de poteaux incendie, le fleurissement de la ville, la construction d’un perchoir pour les cigognes, etc.

Les Journées citoyennes sont parmi les plus belles que j’ai vécues en tant que maire. C’est véritablement un moment unique. Tout le monde se rassemble pour un projet d’intérêt commun, à l’opposé des logiques de rupture et d’affrontement quel’on peut retrouver ailleurs. Les habitants redeviennent propriétaires de l’espace public, dans un esprit de liberté, d’égalité et de fraternité. Ce jour-là, on est libre de participer ou pas, tout le monde est à égalité et solidaire les uns des autres. Je n’ai que de belles histoires à raconter. Comme ce jeune que j’ai surpris un jour en train de taguer un mur, et que j’ai invité à venir décorer un mur avec ses copains, ou encore la fierté des agents, qui voient leur travail pour une fois valorisé et reconnu. L’échelle communale est à mon avis le meilleur niveau pour nourrir la citoyenneté et le désir d’agir ensemble. 

Vincent Hagenbach, maire de Richwiller

Marseillan (34)
Des jeunes plus mobiles et...solidaires

La mission locale d’insertion avait bien mis à la disposition des jeunes des mobylettes mais la mairie a voulu aller plus loin. « Quand on habite à Marseillan, la question de la mobilité est primordiale pour les jeunes en quête d’emploi. Sète et Béziers sont respectivement à 20 et 30 kilomètres et les horaires des transports en commun ne sont pas toujours adaptés », argumente Michael Gueylard, directeur général des services de Marseillan. Reste alors la solution « voiture ». « Mais les jeunes ont rarement les moyens de se payer le permis de conduire », poursuit le DGS. D’où l’idée de le financer, moyennant des heures de bénévolat dans une association. « Nous ne voulions pas l’offrir sans aucune contrepartie. Il nous a semblé beaucoup plus intéressant de profiter de l’occasion pour éveiller les consciences citoyennes, montrer l’intérêt d’être utile à la communauté. » D’autant plus que Marseillan compte plus de 120 associations et que beaucoup évoquent leurs difficultés à trouver des bénévoles parmi les jeunes générations. La ville lance donc il y a trois ans la bourse au permis : elle finance 80 % de son coût total contre 70 heures de travail dans une association. Succès. « La première année, le dispositif était mal connu, peu de jeunes ont postulé, mais après une large couverture médiatique, les candidats ne manquent pas, avec une prédilection pour le bénévolat aux Restos du cœur : ils sont dix cette année à postuler pour le dispositif, et quinze sur liste d’attente. » Devant un tel succès, la ville réfléchit à un nouveau dispositif : proposer un système gratuit d’aide aux devoirs contre des heures de bénévolat.

« Grâce à ce dispositif, les jeunes découvrent l’univers associatif. Certains disent même qu’ils reviendront donner un coup de main après le forfait de 70 heures »

Michel Gueylard, directeur général des services de Marseillan

Bordeaux (33)
Comment "fabriquer" des citoyens ?

La Fabrique du citoyen est née en 2016, dans l’après Charlie et la volonté de dépasser la sidération par des actions citoyennes. « Nous voulions réagir de manière constructive, en évitant le repli sur soi et en donnant une ouverture sur le futur », explique Julie Calmus, responsable du service développement des bibliothèques de Bordeaux. L’idée naît d’une proposition du maire adjoint à la culture, Fabien Robert : bâtir un événement « citoyen » au sein des bibliothèques de la ville. Les deux premières années, l’évènement est un joyeux pêle-mêle de propositions citoyennes (ateliers, conférences, rencontres, etc.). Puis le rendez-vous s’articule autour d’un thème : « 1968-2018 » l’année dernière, et cette année, « la liberté ». « À chaque fois, nous tirons sur le fil du thème retenu pour inviter tout le monde à réfléchir, de l’universitaire au citoyen lambda. » En temps forts cette année, des migrants sont venus raconter leur parcours de migration et un street artist, David Selor, est venu réaliser, en public, un graph géant sur le mur de la bibliothèque Mériadeck.

Qu’est-ce que la citoyenneté ? Je suis tentée de paraphraser Ernest Renan : c’est l’envie d’être ensemble, d’être acteur du bien commun. Le rôle des collectivités est aussi d’entretenir ce sentiment en faisant comprendre aux citoyens qu’ils ont le pouvoir d’agir, que la politique n’est pas un élément extérieur à eux, qu’ils en font partie. C’est exactement ce que nous visons avec ces journées « Fabrique du citoyen » : amener les habitants à réfléchir sur ce qui fait société, à s’emparer de ces sujets. Les bibliothèques sont un bon vecteur pour ce type d’évènements car c’est au cœur de notre mission de tiers lieu : elles sont des lieux d’accueil ouverts à toutes les populations, qui relient et rassemblent. 

Julie Calmus, conservatrice et responsable du service développement des publics des bibliothèque de Bordeaux

Seine-Maritime (76)
Le déclic du service civique

En ce début de juillet, Karine Olivier, chargée de mission Citoyen 76(1), est encore dans l’euphorie de la veille où elle a fêté avec une trentaine de jeunes en service civique la fin de leur mission. « C’est fou comme cette expérience les a changés. Il y a un immense décalage entre les jeunes que j’ai reçus il y a neuf mois et ceux que j’ai vus hier. Ils ont eu la chance de grandir, de découvrir autre chose, de gagner en confiance et de mûrir », s’enthousiasme-t-elle. En 2010, le gouvernement crée le service civique. Le Département fait le choix de relayer le dispositif en accueillant des jeunes. « Nous avons fait la promotion du dispositif au sein de nos services pour trouver des tuteurs. Nos missions se prêtent bien au service civique : l’accueil des usagers, l’aide aux personnes, l’environnement avec notamment la protection des espaces naturels sensibles, la protection de l’eau, la culture, etc. », poursuit Karine Olivier. Les premiers jeunes (une quinzaine) ont été accueillis en octobre 2012. Aujourd’hui, on tourne plutôt à une trentaine de volontaires chaque année. « Au début, on attirait surtout des jeunes diplômés. Désormais, le spectre est beaucoup plus large puisque nous avons aussi des “infra-bac”. Le bouche-à-oreille a fonctionné et le dispositif est désormais bien connu », pointe Karine Olivier. Des expériences vécues en général de manière très positive par les volontaires. « Ils sont très bien accueillis et bénéficient du fait que nous sommes une grosse structure : ils découvrent plein de métiers, se font un réseau incroyable. » Ces neuf mois d’immersion en situation professionnelle jouent souvent le rôle de déclic. « À la fin du service civique, certains reprennent leurs études, d’autres décident de passer des concours. » Dans tous les cas, quelque chose a changé dans leur trajectoire de vie. En bien !

(1) Nom du dispositif de promotion du service civique dans le département de Seine-Maritime.

 

Avec le service civique, des gamins parfois un peu fragiles sont devenus de jeunes adultes, beaucoup plus sûrs d'eux.

Karine Olivier, chargée de mission Citoyen 76 pour le département Seine-Maritime

Nantes (44)
Etrangers et résidents de la République

Depuis 2003, Nantes dispose d’un Conseil nantais pour la citoyenneté des étrangers (CNCE). « La Ville de Nantes a lancé cette initiative en écho au projet de loi en faveur du droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers extracommunautaires aux élections locales. Il s’agissait de prendre en compte localement la voix de ces habitants qui vivent dans la ville, y travaillent, payent leurs impôts, scolarisent leurs enfants et fréquentent les services publics au même titre que les autres citoyens », explique Sterenn de Lafargue, responsable du pôle accès aux droits de la Mission Egalité de la Ville de Nantes. Une invitation à dépasser les approches classiques, en prenant en compte une citoyenneté de résidence. « Le CNCE est un lieu privilégié pour que les citoyens étrangers rencontrent les élus, pour qu’ils fassent entendre leurs besoins et leur expertise d’usager de la ville, les difficultés qu’ils rencontrent dans leur parcours d’intégration », poursuit Sterenn de Lafargue. Seules conditions pour y participer : être majeur, nantais, et avoir un projet d’intégration à Nantes. Depuis 2015, le CNCE s’est ouvert, en plus des résidents extracommunautaires, aux Européens et fonctionne davantage en réseau, pour élargir son audience, autour du noyau d’origine du comité d’animation qui réunit 20 personnes. « Le CNCE a un rôle symbolique très fort, puisqu’il est un lieu de reconnaissance des citoyens étrangers. Beaucoup témoignent du fait que c’est un honneur pour eux de travailler aux côtés des élues et élus, d’avoir une place de citoyen actif. » Un espace d’échange où chacun donne et reçoit en même temps. Les citoyens étrangers découvrent le fonctionnement des services publics, peuvent influer sur leur évolution. Mais ils peuvent aussi partager avec les autres sur leur parcours migratoire et les faire bénéficier de leur expérience. L’une des réalisations du CNCE est la rédaction d’un « guide d’accueil à l’usage des résidents étrangers ».

Parce que notre société souffre d'une "pauvreté relationnelle" et d'un affaiblissement des liens collectifs, l'Observatoire nationale de l’action sociale (ODAS) essaime depuis 2015 l'initiative des "journées citoyennes", née à Berrwiller en Alsace. En 2019, près de 2000 communes ont participé à l'évènement.

« C'est indéniablement la responsabilité des pouvoirs locaux de passer de la "fabrique de biens" à la "fabrique de liens". Cette évolution est fondamentale : comment l'ensemble des politiques locales peuvent-elles contribuer au tissage du lien social et à la construction de repères plus collectifs ? », s'interrogeait Didier Lesueur, directeur général de l'Observatoire national de l'action sociale (ODAS) en 2016 lors d'une audition du Conseil économique et social (CESE) (*).

Dressé il y a trois ans, le constat a gardé son actualité. « Notre société a perdu le goût de l'autre. Nous sommes davantage dans des logiques de "place de l'individu dans la société" et moins dans la question de comment peut-on faire société ? ».  La perte de l'horizon collectif faisant le lit du malaise social : isolement, repli sur soi, pauvreté relationnelle, fractures sociales.

Les collectivités territoriales ne sont pas restées inertes face à ce constat. En 2008, Fabian Jordan, le maire de Berrwiller, un village alsacien de 1200 habitants, a l'idée de créer une journée citoyenne. Un jour par an, les citoyens sont invités à se serrer les coudes pour des travaux d'utilité publique : nettoyer la ville, repeindre un mur, rénover un local ou tout autre projet d'intérêt local, etc. L'objectif visé étant double : réaliser des travaux que la commune a du mal à mener à bien, faute de bras, mais surtout redonner aux citoyens le goût de l'action collective.

2000 communes en 2019

En 2015, l'ODAS, soutenue par l'Association des maires de France et des présidents d’intercommunalités (AMF), décide de porter l'essaimage des journées citoyennes sur tout le territoire français. Elle met en place un réseau d'ambassadeurs pour promouvoir l'action auprès des communes, ainsi qu'un réseau des Villes organisatrices de journées citoyennes pour partager les expériences. Des outils méthodologiques et de communication sont mis à disposition pour faciliter la mise en œuvre des journées.

Une politique qui porte ses fruits. Jusqu'en 2014, les journées citoyennes étaient un phénomène essentiellement alsacien avec 49 communes organisatrices dans la région. En 2015, on passe à 249 communes, puis plus de 700 en 2016, un millier en 2017, plus de 1500 en 2018 et pas loin de 2000 communes en 2019 sur l’ensemble du territoire français. 

Des villes comme Angers en ont fait un temps fort, en jouant à fond la carte participative avec un appel à projets. En 2019, pour la cinquième édition des JC angevines, les Angevins ont ainsi pu participer à une "Clean Walk des super héros" (nettoyage des rues version bal costumé), à une vaste opération de ramassage de mégots, un rallye chasse au déchets, etc. 

Au fil des années, les journées citoyennes ont diversifié leurs interventions, investissant tour à tour le champ de l'embellissement de la ville (fleurissement), la solidarité (intergénérationnelle, face au handicap, etc.), le développement durable, à l'instar de Saint-Nazaire-en-Royans, qui a cette année planté des espèces mellifères pour préserver les abeilles…

Avec un succès indéniable. A ce jour, aucune ville ayant déployé une année une JC n'est revenue sur cette initiative…Les premières éditions ne sont jamais les dernières. 

* dans le cadre d'une saisine intitulée "combattre l'isolement social pour plus de cohésion et de fraternité". 

 

Lancé à petite échelle, auprès de 2000 jeunes en juin dernier, le service national universel (SNU) sonne-t-il le glas du service civique, créé il y a dix ans ? Loin de là, puisque les deux dispositifs sont complémentaires. L'un vise la découverte de la citoyenneté, l'autre, sa mise en action.

En juin dernier, le Service national universel (SNU) entrait en scène, en version "light". 2000 jeunes de 15 à 16 ans ont été sélectionnés pour expérimenter ce dispositif qui vise à développer une culture de l'engagement, accroître "la cohésion et la résilience de la nation", renforcer le brassage social et l'orientation en amont des jeunes mais aussi "valoriser les territoires et leur patrimoine culturel".  

Un programme inspiré en partie de l'armée (uniforme, levée des drapeaux, Marseillaise, hébergement collectif), qui prévoit durant deux semaines des activités physiques de pleine nature, des visites de sites, témoignages d'autres engagés, une sensibilisation aux valeurs de liberté, égalité, fraternité, découverte des principaux services publics et module d'initiation au code de la route. 

A la suite de cette immersion citoyenne, les jeunes réalisent une mission d'intérêt général de deux semaines au sein d'une association, d'une maison de retraite ou auprès des pompiers. 

Comme son nom l'indique, le SNU est universel : aucun jeune ne peut être réformé. Il se déploiera progressivement et concernera à l'horizon 2022-2023 environ 800 000 jeunes. 

Le service civique, bien ancré dans le paysage français

A l’annonce et lancement du SNU, certains se sont interrogés : celui-ci allait-il remplacer le service civique lancé en 2010 ? Crainte infondée car les deux systèmes sont complémentaires. Les jeunes peuvent très bien effectuer le SNU et, s'ils ont envie d'aller plus loin, s'orienter entre 16 et 25 ans vers un service civique.  Dans ce cas, ils s'engagent pour une mission auprès d'une collectivité, durant une période de minimale de six mois, jusqu'à 12 mois maximum. Ils bénéficient alors d'un tutorat individualisé et d'un programme de formation 

Le service civique, qui fêtera ses dix ans en 2020, est donc conforté alors qu'il bénéficie d'une excellente image auprès des Français et suscite un intérêt croissant. En 2018, plus de 140 000 jeunes volontaires l'ont effectué, soit 14 % de plus qu'en 2017 et 52 % de plus qu'en 2016. "C'est désormais une politique publique bien installée : les jeunes ont découvert l'engagement. Ils permettent aux associations de se renouveler", a déclaré Béatrice Angrand, présidente de l'Agence du service civique lors de la présentation du bilan annuel. 

Les collectivités territoriales représentent 12 % des organismes ayant recours au service civique, derrière les associations, fédérations et unions (81 %) (*). Soit 1387 collectivités au total, dont 701 communes, 173 intercommunalités, 26 départements et une région. 

En 2018, elles ont accueilli 5043 jeunes ce qui correspond à 6 % de la population totale de volontaires du service civique.

(*) source: rapport d'activité 2018 de l'agence du service civique